Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/49

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« Pour Capoue j’ai trouvé aussitôt comme association caput mortuum : j’ai en effet souvent comparé la tête de Véronique à un crâne de cadavre. Le mot hongrois kapczi (rapacité en matière d’argent) a certainement contribué à ce déplacement. Je retrouve naturellement aussi les voies d’association plus directes qui rattachent l’une à l’autre Capoue et Vérone, en tant qu’unités géographiques et mots italiens ayant le même rythme.

« Il en est de même de Brescia ; mais ici on trouve des associations d’idées qui se sont opérées suivant des voies latérales compliquées.

« Mon antipathie était, à un moment donné, tellement forte que je trouvais Véronique tout simplement répugnante, et plus d’une fois je m’étais demandé avec étonnement comment une créature pareille pouvait avoir une vie amoureuse et être aimée; à la seule idée de l’embrasser, on éprouve, disais-je, « un sentiment de nausée. » Il était cependant certain qu’un rapport existait entre l’idée de Véronique et celle de la garde suisse tombée.

« Le nom de Brescia est souvent associé, en Hongrie du moins, non au lion, mais au nom d’une autre bête sauvage. Le nom le plus haï dans ce pays, comme d’ailleurs en Haute-Italie, est celui du général Haynau, appelé couramment la hyène de Brescia. C’est ainsi que du général haï Haynau un courant d’idées aboutit, à travers Brescia, à Vérone, tandis qu’un autre courant aboutit, à travers l’idée de l’animal à la voix rauque, déterreur de morts (hyène) — idée qui entraîne à sa suite la représentation d’un monument funéraire — au crâne de cadavre et au désagréable organe vocal de Véronique, si détestée par mon inconscient, de Véronique qui, à une époque, avait exercé dans cette maison une tyrannie aussi insupportable que celle du général autrichien après les luttes pour la liberté en Hongrie et en Italie.

« À Lucerne se rattache l’idée de l’été que Véronique avait passé avec ses maîtres sur le Lac des Quatre-