Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/304

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et théories. Je transcris ici une des expériences faites par ce jeune homme, sans me mêler à la discussion qui s’y rattache.

« Mon fils s’entretient avec sa mère au sujet du soi-disant hasard et lui explique qu’aucune des chansons, aucun des nombres qui lui viennent à l’esprit ne sont réellement « accidentels ». Et la conversation suivante s’engage

Le fils : Dis-moi un nombre quelconque.

La mère : 79.

Le fils : A quoi penses-tu à propos de ce nombre?

La mère : Je pense au beau chapeau que j’ai vu hier.

Le fils : Quel était son prix?

La mère : 158 marks.

Le fils : Nous y sommes : 158 : 2 = 79. Tu auras trouvé le chapeau trop cher et auras certainement pensé : « S’il coûtait moitié moins cher, je l’achèterais ».

« A cette déduction de mon fils, j’avais d’abord objecté que les dames ne calculent généralement pas très bien et que la mère ne se rendait certainement pas compte que 79 est la moitié de 158. La théorie freudienne suppose donc ce fait invraisemblable que le subconscient calcule mieux que la conscience normale. « Nullement, me répondit mon fils ; à supposer que mère n’ait pas fait le calcul 158 : 2 = 79, il se peut fort bien qu’elle ait eu l’occasion de voir quelque part cette équation; il se peut encore qu’ayant fait un rêve se rapportant à ce chapeau, elle ait calculé ce qu’il coûterait, s’il était moitié moins cher. »

J’emprunte à M. Jones (1. c., p. 478) une autre analyse portant sur un nombre. Un monsieur de ses connaissances énonce le nombre 983 et le prie de rattacher ce nombre à l’une quelconque de ses idées. « La première association du sujet était un souvenir se rapportant à une plaisanterie depuis longtemps oubliée. Il y a six ans, un journal avait annoncé qu’un jour, qui fut le