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CHAPITRE II

OUBLI DE MOTS APPARTENANT
À DES LANGUES ÉTRANGÈRES


Le vocabulaire usuel de notre langue maternelle semble, dans les limites du fonctionnement normal de nos facultés, préservé contre l’oubli. Il en est, on le sait, autrement des mots appartenant à des langues étrangères. Dans ce dernier cas, la disposition à l’oubli existe pour toutes les parties du discours, et nous avons un premier degré de perturbation fonctionnelle dans l’irrégularité avec laquelle nous manions une langue étrangère, selon notre état général et notre degré de fatigue. Dans certains cas, l’oubli de mots étrangers obéit au mécanisme que nous avons décrit à propos du cas Signorelli. Je citerai, à l’appui de cette affirmation, une seule analyse, mais pleine de détails précieux, relative à l’oubli d’un mot non substantif, faisant partie d’une citation latine. Qu’on me permette de relater ce petit accident en détail et d’une façon concrète.

L’été dernier, j’ai renouvelé, toujours au cours d’un voyage de vacances, la connaissance d’un jeune homme de formation universitaire et qui (je ne tardai pas à m’en apercevoir) était au courant de quelques-unes de mes publications psychologiques. Notre conversation, je ne sais trop comment, tomba sur la situation sociale à laquelle nous appartenions tous deux et lui, l’ambitieux, se répandit en plaintes sur l’état d’infériorité auquel était condamnée sa génération, privée de la possibilité de développer ses talents et de satisfaire ses besoins. Il termina sa diatribe pas-