Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/217

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qui nous révèle le mécanisme ayant présidé à la détérioration d’un objet :

« Depuis quelque temps, j’étais occupé, avec plusieurs de mes collègues de l’École Supérieure, à une série d’expériences très compliquées sur l’élasticité, travail dont nous nous étions chargés bénévolement, mais qui commençait à nous prendre un temps exagéré. Un jour où je me rendais au laboratoire, avec mon collègue F..., celui-ci me dit qu’il était désolé de perdre tant de temps aujourd’hui, attendu qu’il avait beaucoup à faire chez lui. Je ne pus que l’approuver et j’ajoutai en plaisantant et en faisant allusion à un incident qui avait eu lieu la semaine précédente : « Espérons que la machine restera aujourd’hui en panne, comme l’autre fois, ce qui nous permettra de suspendre le travail et de partir de bonne heure! » Lors de la distribution du travail mon collègue F... se trouva chargé de régler la soupape de la presse, c’est-à-dire de laisser pénétrer lentement le liquide de pression de l’accumulateur dans le cylindre de la presse hydraulique, en ouvrant la soupape avec précaution; celui qui dirige l’expérience se tient près du manomètre et doit, lorsque la pression voulue est atteinte, s’écrier à haute voix : « Halte! » Ayant entendu cet appel, F... saisit la soupape et la tourna de toutes ses forces... à gauche (toutes les soupapes sans exception se ferment par rotation à droite!). Il en résulta que toute la pression de l’accumulateur s’exerça dans la presse, dépassant la résistance de la canalisation et ayant pour effet la rupture d’une soudure de tuyaux : accident sans gravité, mais qui nous obligea à interrompre le travail et à rentrer chez nous. Ce qui est curieux, c’est que mon collègue F..., auquel j’ai eu l’occasion, quelque temps après, de parler de cet incident, prétendait ne pas s’en souvenir, alors que j’en ai gardé, en ce qui me concerne, un souvenir certain. »

Tomber, faire un faux pas, glisser – autant d’accidents