Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/211

From Wikisource
Jump to navigation Jump to search
This page has not been proofread.


dans la situation d’alors. Une de nos proches parentes était gravement malade et je commençais à désespérer de son état. Ce matin-là j’avais appris que son état s’était sensiblement amélioré. Je me rappelle avoir pensé : « donc, elle vivra ». L’accès de rage de destruction que je subis alors fut pour moi comme un moyen d’exprimer ma reconnaissance au sort et d’accomplir une sorte de « sacrifice », comme si j’avais fait un vœu dont l’exécution fût subordonnée à la bonne nouvelle que j’avais reçue. Quant au fait que j’aie choisi pour objet de sacrifice la Vénus de Médicis, il faut sans doute y voir une sorte d’hommage galant à la convalescente; cette fois encore, j’ai été étonné par ma rapide décision, par l’habileté de l’exécution, puisqu’aucun des objets qui se trouvaient dans le voisinage de la statuette n’a été effleuré par ma pantoufle.

Une autre fois, je me rendis coupable de la destruction d’un objet pour le même motif, à cette différence près que le sacrifice m’était dicté non par la reconnaissance envers le sort, mais par le désir de détourner un malheur. Je m’étais laissé aller un jour à adresser à un ami fidèle et dévoué un reproche fondé uniquement sur l’interprétation de certaines manifestations de son inconscient. Il prit mal la chose et m’écrivit une lettre dans laquelle il me recommandait d’épargner aux amis le traitement psychanalytique. Je dus reconnaître qu’il avait raison et lui fis une réponse conciliante. Pendant que j’écrivais ma réponse, je fis à un moment donné un geste de ma main, au cours duquel le porte-plume me glissa d’entre les doigts et s’abattit sur une superbe figurine égyptienne émaillée, de toute récente acquisition, et l’endommagea très sérieusement. Aussitôt le malheur accompli, je compris que je l’avais provoqué, pour en éviter un autre, plus grand. Heureusement, l’amitié et la figurine ont pu être réparées, sans que les traces des fissures soient trop visibles.

Dans un troisième cas, la destruction de l’objet