Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/140

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avaient diminué, elles étaient même moins probables que les miennes. Et voilà que j’eus la subite révélation du sens de mon erreur : ce fut comme si la diminution des chances de mon frère avait écarté l’obstacle qui m’empêchait d’entrevoir ce sens. Je m’étais comporté comme si j’avais lu dans le journal la nomination de mon frère, et m’étais dit : « il est bizarre qu’on puisse figurer dans les journaux (c’est-à-dire être nommé professeur) pour des bêtises pareilles (c’est-à-dire pour une spécialité comme celle de mon frère) ». Je retrouvai alors sans peine le passage sur l’art grec à l’époque d’Alexandre et constatai, à mon grand étonnement, que j’avais, pendant mes précédentes recherches, lu à plusieurs reprises la page contenant ce passage, mais que je l’avais sauté chaque fois, comme sous l’influence d’une hallucination négative. Ce passage ne contenait d’ailleurs rien qui fût susceptible de m’apporter un élément d’explication, rien qui méritât d’être oublié. Je crois que le fait de n’avoir pu retrouver ce passage (que j’avais pourtant eu à plusieurs reprises sous les yeux) doit être considéré comme un symptôme destiné tout simplement à m’égarer, à orienter l’association de mes idées dans une direction où un obstacle devait s’opposer à mes investigations, bref à me conduire à une idée concernant Alexandre de Macédoine, afin de détourner d’autant plus sûrement mon attention de mon frère qui s’appelait également Alexandre. Et c’est ce qui arriva en effet : j’ai employé tous mes efforts à retrouver dans l’Histoire de l’Art le fameux passage.

Le double sens du mot Beförderung 43 constitue dans ce cas le pont d’association, pour ainsi dire, entre deux complexes : le complexe moins important, suscité par la note du journal, et le complexe plus intéressant, mais choquant et déplaisant qui m’a