Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/141

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inspiré mon erreur de lecture. On voit, d’après cet exemple, qu’il n’est pas toujours facile d’expliquer des accidents dans le genre de cette erreur. On est parfois obligé de remettre la solution de l’énigme à un moment plus favorable. Mais plus la solution est difficile, plus sûrement il faut s’attendre à ce que notre pensée consciente trouve l’idée perturbatrice, une fois découverte, bizarre et en opposition avec son contenu normal et son orientation normale.

c) Je reçois un jour, des environs de Vienne, une lettre qui m’annonce une très triste nouvelle. J’appelle aussitôt ma femme et je lui apprends que la pauvre Guillaume M. est très gravement malade et que les médecins ont renoncé à l’espoir de la sauver. Mais il devait y avoir une fausse note dans les paroles par lesquelles j’exprimais mes regrets, car ma femme devient méfiante, me prie de lui montrer la lettre et se dit persuadée que je me trompe, car personne n’appelle une femme du prénom de son mari et que cela pouvait d’autant moins être le cas dans les circonstances présentes, que l’auteur de la lettre connaissait bien le prénom de la femme de Guillaume M. Je n’en persiste pas moins à affirmer avec assurance qu’il s’agit de la pauvre Guillaume M. et je tente de réfuter les objections de ma femme, en lui rappelant que beaucoup de femmes mettent sur leurs cartes de visite le prénom de leur mari. Je suis cependant obligé de recommencer la lecture de la lettre et je constate en effet qu’il s’agit « du pauvre G. M. », et même, chose qui m’avait complètement échappé, « du pauvre Dr G. M. ». Mon omission constitue donc une tentative pour ainsi dire mécanique de tranférer du mari à la femme la triste nouvelle que je venais de recevoir. Le titre de docteur (Dr), intercalé entre l’article et l’adjectif d’un côté, et le nom de l’autre, suffisait déjà là lui seul à montrer qu’il ne s’agissait pas d’une femme. C’est d’ailleurs pourquoi il m’avait échappé à la lecture. La cause de mon erreur ne doit cependant