Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/125

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par un député qui, voulant dire qu’on doit faire connaître à l’Empereur la vérité « sans ménagements » (rückhaltlos) a, malgré lui, trahi le véritable sentiment qu’abritait sa loyale poitrine :

« Dép. Lattmann (national allemand) : Dans cette question de l’adresse, nous devons nous placer sur le terrain de l’ordre du jour de nos travaux. Aussi le Reichstag a-t-il le droit de faire parvenir à l’Empereur une adresse de ce genre. Nous croyons que l’unité des désirs et des idées du peuple allemand exige aussi que nous soyons d’accord sur les vérités que nous voulons faire connaître à l’empereur et, si nous devons le faire en tenant compte de nos sentiments monarchiques, nous sommes également en droit de le faire l’échine courbée (rückgratlos). (Hilarité bruyante qui dure plusieurs minutes.) Messieurs, je voulais dire non (d’échine courbée» (rückgratlos), mais «sans ménagements » (rückhaltlos) et nous voulons espérer que, dans les moments pénibles que nous traversons, l’Empereur voudra bien prendre en considération cette manifestation franche et sincère de son peuple. »

Le journal Vorwaerts n’a pas manqué, dans son numéro du 12 Novembre 1906, de relever la signification psychologique de ce lapsus :

« L’échine courbée devant le trône impérial. »

« Jamais un député n’a aussi bien caractérisé, par un aveu involontaire, sa propre attitude et l’attitude de la majorité parlementaire à l’égard du monarque, que le fit l’antisémite Lattmann qui, le deuxième jour de l’interpellation, déclara dans un accès de pathos solennel que lui et ses amis voulaient dire la vérité au Kaiser, l’échine courbée (rückgratlos).

« La bruyante hilarité qu’avaient provoquée ses paroles a étouffé la suite du discours de ce malheureux qui se mit à balbutier, pour s’excuser et assurer qu’il voulait dire « sans ménagements » (rückhaltlos) ».

Nous trouvons dans Wallenstein (Piccolomini, I, 5) un joli exemple de lapsus ayant pour but, moins de