Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/118

From Wikisource
Jump to navigation Jump to search
This page has been proofread.


quement à moi : « Je voudrais bien savoir ce que vous feriez dans un cas comme celui-ci : je connais une infirmière qui est impliquée, à titre de complice, dans un procès en divorce. La femme a intenté le procès à son mari, dénoncé la complicité de l’infirmière, et il a obtenu le divorce[1]. » Ici je l’interromps : « vous voulez dire qu’elle a obtenu le divorce. » Il se reprend aussitôt : « Naturellement, c’est elle qui a obtenu le divorce », et il me raconte ensuite que le procès et le scandale qu’il a soulevé ont tellement bouleversé l’infirmière qu’elle s’est mise à boire, que ses nerfs sont complètement ébranlés, etc., et il me demande un conseil sur la manière de la traiter.

« Dès que j’eus relevé son erreur, je le priai de me l’expliquer, mais je reçus les réponses étonnées habituelles : n’avons-nous pas tous le droit de nous tromper ? Après tout, ce n’est qu’un accident, dont il est oiseux de chercher la signification, etc. Je réplique en disant que chaque lapsus a ses causes et ses raisons, que je serais tenté de croire qu’il est lui-même le héros de l’histoire qu’il vient de me raconter, s’il ne m’avait pas dit auparavant qu’il n’était pas marié ; car le lapsus s’expliquerait par son désir de voir le procès se terminer à son avantage et non en faveur de sa femme afin de n’avoir pas à lui servir de pension alimentaire et de pouvoir se remarier à New York. Il écarte obstinément mes soupçons, mais manifeste en même temps une réaction affective exagérée, donne des signes d’excitation évidents et finit par éclater de rire. Lorsque je l’invite à me dire la vérité, dans l’intérêt de l’explication scientifique, je reçois la réponse suivante : « Si vous ne voulez pas entendre de ma bouche un mensonge, vous devez croire à mon célibat et vous persuader

  1. « D’après nos lois, le divorce n’est prononcé que s’il est prouvé que l’une des parties a porté atteinte au mariage et il n’est accordé qu’à la victime de cette atteinte. »