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CHAPITRE III

OUBLI DE NOMS ET DE SUITES DE MOTS


L’expérience que nous venons d’acquérir quant au mécanisme de l’oubli d’un mot faisant partie d’une phrase en langue étrangère nous autorise à nous demander si l’oubli de phrases en langue maternelle admet la même explication. On ne manifeste généralement aucun étonnement devant l’impossibilité où l’on se trouve de reproduire fidèlement et sans lacunes une formule ou une poésie qu’on a, quelque temps auparavant, apprise par cœur. Mais comme l’oubli ne porte pas uniformément sur tout l’ensemble de ce qu’on a appris, mais seulement sur certains de ses éléments, il n’est peut-être pas sans intérêt de soumettre à un examen analytique quelques exemples de ces reproductions devenues incorrectes.

Un de mes jeunes collègues qui, au cours d’un entretien que j’eus avec lui, exprima l’avis que l’oubli de poésies en langue maternelle pouvait bien avoir les mêmes causes que l’oubli de mots faisant partie d’une phrase étrangère, voulut bien s’offrir comme sujet d’expérience, afin de contribuer à l’élucidation de cette question. Comme je lui demandais sur quelle poésie allait porter notre expérience, il me cita La fiancée de Corinthe, de Goethe, poème qu’il aimait beaucoup et dont il croyait savoir par cœur certaines strophes du moins. Mais voici qu’il éprouve, dès le premier vers, une incertitude frappante : « Faut-il dire : se rendant de Corinthe à Athènes, ou : se rendant d’Athènes à Corinthe ? » J’éprouvai moi-même un moment d’hésitation, mais je finis par faire observer en riant