Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/291

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Le lendemain soir, La Censure est de nouveau jouée. Arrivé au fameux passage, l’acteur dit, toujours du ton le plus solennel : « La crainte de la mort est une... fiche aide-mémoire (Denkzettel). » Wedekind combla, cette fois encore, l’acteur d’éloges, mais lui rappela une fois de plus que « la crainte de la mort est une erreur de la pensée (Denkfehler) ».

Lors de la troisième représentation de La Censure, l’acteur qui, entre temps, s’était lié d’amitié avec l’auteur, avec lequel il avait eu de longues discussions sur l’art, prononce encore la fameuse phrase, avec l’expression la plus solennelle du monde : « La crainte de la mort est... une étiquette imprimée (Druckzettel). »

L’artiste reçut de nouveau les plus chaleureuses félicitations de l’auteur, la pièce fut encore jouée nombre de fois; mais quant à l’ « erreur de la pensée » (Denkfehler), Wedekind n’en parla plus, considérant la question comme liquidée une fois pour toutes.

M. Rank s’est occupé des rapports très intéressants existant entre « l’acte manqué et le rêve » (Zentralbl. für Psychoanal., ibid.; Internat. Zeilschr.f. Psychoanal. III, 1915), rapports qu’il n’est cependant pas posssible de dégager sans une analyse approfondie du rêve qui s’attache à l’acte manqué. J’ai rêvé une fois, parmi beaucoup d’autres choses, que j’avais perdu mon porte-monnaie. Le lendemain matin, en m’habillant, je n’arrivais pas, en effet, à le retrouver. J’avais oublié, en me déshabillant la veille, de le retirer de la poche de mon pantalon, pour le déposer à sa place habituelle. Cet oubli ne m’était donc pas inconnu; il a probablement servi d’expression à une idée inconsciente qui était toute prête à apparaître dans le contenu du rêve.

Je ne prétends pas que ces cas d’association d’actes manqués soient de nature à nous apprendre quelque chose de nouveau qui ne nous ait pas été révélé par