Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/271

From Wikisource
Jump to navigation Jump to search
This page has not been proofread.


avions discuté ensemble. Dans ces cas encore, il s’agissait d’erreurs historiques. Ayant, après rectification, examiné à nouveau tous les cas qui m’ont été signalés à ce point de vue, j’ai pu m’assurer que mes souvenirs portant sur des faits concrets ne se sont trouvés en défaut que là où j’ai cru devoir déformer ou dissimuler quelque chose au cours de l’analyse. Donc, ici encore il s’agissait d’une erreur passée inaperçue et constituant comme une revanche pour un refoulement ou une suppression intentionnels.

De ces erreurs issues du refoulement, il faut distinguer nettement celles qui reposent sur une ignorance réelle. Ce fut, par exemple, par ignorance que me trouvant un jour en excursion en Wachau, dans le village d’Emmersdorf, je croyais fouler le sol du pays natal du révolutionnaire Fischhof. Il n’y a entre les deux villages qu’une identité de nom; Emmersdorf, village natal de Fischhof, se trouve en Corinthie. Mais je l’ignorais.

Voici encore une erreur instructive et qui me fait honte, un exemple, pour ainsi dire, d’ignorance temporaire. Un patient me prie un jour de lui prêter les deux livres sur Venise que je lui avais promis et qu’il voulait consulter avant de partir en voyage pour les vacances de Pâques. « Je les ai préparés », lui répondis-je et je me rendis dans la pièce voisine où se trouvait ma bibliothèque. Mais, en réalité, j’avais totalement oublié de préparer ces livres, car je n’approuvais pas tout à fait le voyage de mon malade, dans lequel je voyais une interruption inutile du traitement et un préjudice matériel pour moi. Je jette un rapide coup d’œil sur ma bibliothèque, à la recherche des deux livres que j’avais promis à mon malade. L’un s’appelle Venise centre artistique. Le voici. Mais je dois avoir encore un ouvrage historique sur Venise, faisant partie de la même collection. En effet, le voici à son tour : Les Médicis. J’apporte les deux livres à mon malade, mais m’aperçois aussitôt, à ma honte, de