Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/266

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grande que nous ne le croyons. A propos: la bague que tu m’as donnée a perdu sa pierre. Impossible de la réparer, impossible. Veux-tu maintenant te séparer de moi?... (Die gotischen Zimmer, pp. 258 et suiv.). »

C’est ainsi que, dans le domaine des actes symptomatiques, l’observation psychanalytique doit également accorder la priorité aux poètes. Elle ne peut que répéter ce que ceux-ci ont dit depuis longtemps. M. Wilh. Stross attire mon attention sur le passage du célèbre roman humoristique de Lawrence Sterne – Tristram Shandy (Vle partie, ch. V):

« Et je ne suis nullement étonné que Grégoire de Nazianze, en observant les gestes brusques et agités de Julien, ait prédit qu’il deviendrait un jour renégat; ou que saint Ambroise ait chassé son Amanuen, à cause des mouvements inconvenants qu’il faisait avec sa tête, qu’il remuait comme un fléau à droite et à gauche; ou que Démocrite, voyant Protagoras faire un fagot de broutilles et mettre les branches les plus minces à l’intérieur du fagot, ait conclu que Protagoras était un savant. Il existe mille orifices invisibles, continue mon père, à travers lesquels un œil pénétrant peut voir d’un seul coup ce qui se passe dans une âme; et j’affirme ajouta-t-il, qu’un homme sensé ne mettra pas son chapeau sur la tête en entrant dans une pièce et ne se découvrira pas en sortant, ou, s’il fait l’un au l’autre, il laisse échapper quelque chose qui le trahit. »