Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/252

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qui lui avait été réservé. Questionnée sur les raisons de son abstention, elle répondit, légèrement embarrassée, qu’elle n’avait pas envie d’en manger.

« L’attitude infantile de la jeune fille est visible dans toute cette affaire : d’abord, l’avidité infantile qui ne veut partager avec personne l’objet de ses désirs; ensuite, la réaction non moins infantile par le dépit : puisque je ne puis avoir le gâteau pour moi toute seule, je préfère n’en rien avoir; gardez-le pour vous. »

Les actes accidentels ou symptomatiques se rattachant à la vie conjugale ont souvent la plus grande signification et peuvent inspirer la croyance aux signes prémonitoires à ceux qui ne sont pas familiarisés avec la psychologie de l’inconscient. Ce n’est pas un bon début, lorsqu’une jeune femme perd son alliance au cours du voyage de noces; il est vrai que le plus souvent l’alliance, qui a été mise par distraction dans un endroit où on n’a pas l’habitude de la mettre, finit par être retrouvée. – Je connais une femme divorcée qui, longtemps avant le divorce, se trompait souvent, en signant de son nom de jeune fille les documents concernant l’administration de ses biens. – Un jour, me trouvant en visite chez un couple récemment marié, j’ai entendu la jeune femme me raconter en riant qu’étant allée, au retour du voyage de noces, voir sa sœur, celle-ci lui proposa de l’accompagner dans les magasins pour faire des achats, pendant que le mari irait à ses affaires. Une fois dans la rue, elle aperçut, sur le trottoir opposé, un monsieur dont la présence dans cette rue sembla l’étonner, et elle dit à sa sœur : « Regarde, on dirait que c’est M. L. » Elle avait oublié que ce M. L.était depuis plusieurs semaines son époux. Je me suis senti mal à l’aise en écoutant ce récit, mais m’abstins d’en tirer une conclusion. Je ne me suis souvenu de cette petite histoire qu’au bout de plusieurs années, lorsque ce mariage eut pris une tournure des plus malheureuses.