Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/250

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était entré à titre de secrétaire chez le ministre plénipotentiaire du Chili. « Puis le ministre a été remplacé, et je ne me suis pas présenté au nouveau. » Et pendant qu’il prononce cette dernière phrase, il porte à la bouche un morceau de gâteau, mais le laisse tomber du couteau, comme par maladresse. Je saisis aussitôt le sens caché de cet acte symptomatique et je glisse, comme en passant, à mon collègue, peu familiarisé avec la psychanalyse : « Vous avez laissé tomber là un bon morceau. » Il ne s’aperçoit pas que mes paroles peuvent se rapporter tout aussi bien à son acte symptomatique, et il répète avec une vivacité surprenante les mots que je viens de prononcer : « Oui, c’était en effet un bon morceau, celui que j’ai laissé tomber. » Et il se soulage en me racontant, sans omettre un détail, sa maladresse qui l’a privé d’une place bien payée.

« La signification de son acte symptomatique apparaît lorsqu’on songe que mon collègue devait éprouver une certaine gêne à me parler, à moi qu’il connaissait très peu, de sa situation matérielle précaire : mais l’idée qu’il voulait refouler a déterminé un acte symptomatique qui a exprimé symboliquement ce qui devait rester caché et a fourni ainsi à mon interlocuteur un moyen de soulagement qui avait sa source dans l’inconscient. »

Les exemples suivants montrent quelle signification peut avoir le fait d’emporter involontairement un objet appartenant à une autre personne.

1) Dr B. Dattner : « Un de mes collègues fait une visite à une de ses amies d’enfance, la première visite après le mariage de celle-ci. Il me parle de ce petit événement, m’exprime à ce propos son étonnement d’avoir été obligé, contrairement à son intention, de prolonger un peu cette visite, et il me fait part en même temps d’un singulier acte manqué qu’il a commis dans cette maison.