Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/238

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de garder pour lui, au lieu d’en faire part aux autres.

La moisson la plus abondante de ces actes accidentels ou symptomatiques nous est d’ailleurs fournie par les résultats du traitement psychanalytique des névroses. Je ne puis résister à la tentation de montrer, sur deux exemples provenant de cette source, jusqu’à quel degré et avec quelle finesse ces incidents peu apparents sont déterminés par des idées inconscientes. La limite qui sépare les actes symptomatiques des méprises est si peu tranchée que j’aurais pu tout aussi bien citer ces exemples dans le chapitre précédent.

a) Au cours d’une séance de psychanalyse, une jeune femme fait part de cette idée qui lui vient à l’esprit : la veille en se coupant les ongles, « elle a entamé la chair alors qu’elle était occupée à enlever la petite peau de la matrice de l’ongle ». Ce détail est si peu intéressant qu’on peut se demander pourquoi la malade s’en est souvenue et en a fait part; on soupçonne en conséquence qu’il s’agit d’un acte symptomatique. C’est à l’annulaire qu’est arrivé ce petit malheur, l’annulaire auquel on porte l’alliance. Le jour de l’accident était, en outre, le jour anniversaire de son mariage, ce qui confère à la petite blessure un sens tout à fait net et facile à découvrir. Elle raconte, en outre, un rêve se rapportant à la maladresse de son mari et à sa propre anesthésie sexuelle. Mais pourquoi s’est-elle blessée à l’annulaire gauche, alors que c’est sur l’annulaire droit qu’on porte l’alliance? Son mari est avocat, « docteur en droit 81 » et étant jeune fille elle avait une secrète inclination pour un médecin «( docteur en gauche », disait-elle, en plaisantant). Un mariage de la main gauche avait aussi sa signification déterminée.

b) Une jeune femme non mariée raconte : « Hier