Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/227

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quelque temps de monter à cheval. Enfin, la veille des courses, auxquelles il ne pouvait se soustraire, il avait un triste pressentiment; étant donné notre manière d’envisager ces cas, nous ne sommes pas étonné que ce pressentiment se soit réalisé. On me dira qu’il était naturel qu’un homme atteint d’une aussi profonde dépression nerveuse se soit trouvé incapable de maîtriser son cheval, comme il le faisait à l’état normal. Sans doute; je cherche seulement dans l’intention de suicide le mécanisme de cette inhibition motrice par la « nervosité ».

M. S. Ferenczi m’autorise à publier l’analyse suivante d’un cas de blessure en apparence accidentelle par une balle de revolver, cas dans lequel il voit, et je suis parfaitement d’accord avec lui, une tentative de suicide inconsciente :

J. Ad., ouvrier menuisier, âgé de 22 ans, vint me consulter le 18 janvier 1908. Il voulait savoir s’il était possible ou nécessaire d’extraire la balle qui était logée dans sa tempe gauche depuis le 20 mars 1907. Abstraction faite de quelques rares maux de tête, peu violents, il n’éprouvait jamais aucun malaise et l’examen objectif ne révélait rien d’anormal, sauf, bien entendu, la présence, au niveau de la région temporale gauche, de la cicatrice noircie, caractéristique d’une balle de revolver. Je déconseillai donc l’opération. Interrogé sur les circonstances dans lesquelles s’était produit l’accident, le malade déclara qu’il s’agissait d’un simple accident. Il jouait avec le revolver de son frère et croyant qu’il n’était pas chargé, il l’avait appuyé avec la main gauche contre la tempe gauche (il n’est pas gaucher), avait mis le doigt sur la gâchette, et le coup était parti. Le revolver, qui était à six cartouches, en contenait trois. Je lui demandai comment il lui était venu à l’esprit de prendre le revolver. Il répondit que c’était à l’époque où il devait se présenter devant le conseil de révision; la veille au soir, craignant une rixe, il avait emporté l’arme, en se rendant à l’auberge. Au