Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/225

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dans un sanatorium et que son état de santé m’inspirait les plus graves inquiétudes.

Un de mes garçons, dont le tempérament vif était réfractaire aux soins médicaux, eut un accès de colère, parce qu’on lui avait annoncé qu’il passerait la matinée au lit; il menaça même de se suicider, pour faire comme ceux dont il avait lu le suicide dans les journaux. Le soir, il me montra une bosse qui s’était formée sur sa poitrine à la suite d’une chute contre un bouton de porte. A ma question ironique lui demandant pourquoi il avait fait cela et où il voulait en venir, ce garçon de 11 ans me répondit comme subitement illuminé : « C’était ma tentative de suicide dont je vous avais menacé ce matin. » Je dois ajouter que je ne crois pas avoir parlé devant mes enfants de mes idées sur la mutilation volontaire.

Ceux qui croient à la réalité de mutilations volontaires miintentionnelles, s’il est permis d’employer cette expression quelque peu paradoxale, sont tout préparés à admettre qu’il existe, à côté du suicide conscient et intentionnel, un suicide mi-intentionnel, provoqué par une intention inconsciente, qui sait habilement utiliser une menace contre la vie et se présenter sous le masque d’un malheur accidentel. Ce cas ne doit d’ailleurs pas être extrêmement rare, car les hommes chez lesquels la tendance à se détruire existe, avec une intensité plus ou moins grande, à l’état latent, sont beaucoup plus nombreux que ceux chez lesquels cette tendance se réalise. Les mutilations volontaires représentent, en général, un compromis entre cette tendance et les forces qui s’y opposent et, dans les cas qui se terminent par le suicide, le penchant à cet acte a dû exister depuis longtemps avec une intensité atténuée ou à l’état de tendance inconsciente et réprimée.

Ceux qui ont l’intention consciente de se suicider choisissent, eux aussi, leur moment, leurs moyens et leur occasion : de son côté, l’intention inconsciente