Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/203

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adoptons n’ont qu’une valeur descriptive et sont en contradiction avec l’unité interne des phénomènes qui nous intéressent.

Nous ne gagnons rien, au point de vue de la compréhension psychologique de la «méprise», en la concevant comme une ataxie, et plus spécialement comme une « ataxie corticale ». Essayons plutôt de ramener chacun des cas dont nous aurons à nous occuper aux conditions dans lesquelles il s’est produit. J’aurai de nouveau l’occasion d’utiliser à cet effet des observations que j’ai faites sur moi-même et qui, je tiens à le dire tout de suite, ne sont pas très nombreuses.

a) Autrefois, alors que je faisais plus souvent qu’aujourd’hui des visites à domicile, il m’arrivait fréquemment, une fois devant la porte à laquelle je devais sonner ou frapper, de tirer de ma poche la clef qui me servait à ouvrir la porte de mon propre domicile, pour, aussitôt, la remettre presque honteusement. En m’observant bien, j’ai fini par constater que cet acte manqué, consistant à sortir ma clef devant la porte du domicile d’un autre, signifiait un hommage à la maison dans laquelle je me rendais. C’était comme si j’avais voulu dire : « ici je suis comme chez moi », car la méprise ne se produisait que devant des maisons où j’avais des malades pour lesquels j’étais toujours le bienvenu. (Il va sans dire que je ne commettais jamais la méprise inverse, consistant à sonner à la porte de mon propre domicile.)

Mon acte manqué était donc la représentation symbolique d’une idée qui n’était pas faite pour être prise au sérieux par ma conscience, car en réalité le neurologue sait fort bien que le malade ne lui reste attaché qu’aussi longtemps qu’il attend de lui un avantage et que la chaude sympathie que le médecin lui-même témoigne au malade constitue le plus souvent un moyen psychique faisant partie du traitement en général.