Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/191

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besoin, si je suis un individu normal et non névrosé, de tenir la lettre à la main tout le long du chemin et de chercher tout le temps à droite et à gauche une boîte aux lettres pour exécuter mon projet à la première occasion qui pourra se présenter : je mets tua lettre dans ma poche, je suis tranquillement mon chemin, je laisse mes idées se succéder, librement, comptant bien que la première botte que j’apercevrai éveillera mon attention et m’incitera à plonger la main dans ma poche pour en retirer la lettre. L’attitude normale à l’égard d’un projet conçu se rapproche tout à fait de celle que l’on détermine chez des personnes auxquelles on a suggéré sous l’hypnose une « idée post-hypnotique à longue échéance 65 ». On décrit généralement le phénomène de la manière suivante : le projet suggéré sommeille chez la personne en question jusqu’à l’approche du moment de l’exécution. Il s’éveille ensuite et pousse à l’action.

Il est deux situations dans la vie où le profane lui-même se rend compte que l’oubli de projets n’est nullement un phénomène élémentaire irréductible, mais autorise à conclure à l’existence de motifs inavoués. Je veux parler de l’amour et du service militaire. Un amoureux qui se présente à un rendez-vous avec un certain retard aura beau s’excuser auprès de sa dame en disant qu’il avait malheureusement oublié ce rendez-vous. Elle ne tardera pas à lui répondre : « Il y a un an, tu n’aurais pas oublié. C’est que tu ne m’aimes plus. » Et si, ayant recours à l’explication psychologique mentionnée plus haut, il cherche à excuser son oubli par des affaires urgentes, la dame, devenue aussi perspicace en psychanalyse qu’un médecin spécialiste, lui répondra : « Il est bizarre que tu n’aies jamais été troublé par tes affaires. » Certes, la dame n’exclura pas toute possibilité