Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/172

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et l’oubli de projets (c’est-à-dire des omissions). Je puis indiquer d’avance le résultat uniforme que j’ai obtenu dans toute une série d’observations : j’ai trouvé notamment que dans tous les cas l’oubli était motivé par un sentiment désagréable. A. Oubli d’impressions et de connaissances a) Dans le courant de l’été ma femme m’a causé une grande contrariété. Le prétexte, futile en lui-même, était le suivant : assis à la table d’hôte, nous avions, en face de nous, un monsieur de Vienne que je connaissais et qui avait des raisons de se souvenir de moi. J’avais cependant, quant à moi, des raisons de ne pas renouer connaissance avec lui. Ma femme, qui n’avait entendu que le nom bien sonnant de son vis-à-vis, montrait trop qu’elle suivait la conversation qu’il entretenait avec ses voisins de table et m’adressait de temps à autre des questions sur cette conversation. Je devenais impatient et finis par me fâcher. Quelques semaines plus tard, je me plaignis à une parente de cette attitude de ma femme. Mais il me fut impossible de me rappeler ne fût-ce qu’un seul mot de la conversation de ce monsieur. Comme je suis généralement rancunier et n’oublie pas un seul détail d’un incident qui a pu me contrarier, je suis bien obligé d’admettre que, dans le cas dont il s’agit, c’est par considération pour la personne de ma femme que je me suis trouvé tout d’un coup atteint d’amnésie. Un incident analogue m’est arrivé dernièrement. Voulant me moquer de ma femme devant quelqu’un, à cause d’une expression qu’elle avait employée quelques heures auparavant, je me suis trouvé incapable de donner suite à mon projet, car, chose étonnante, j’avais complètement oublié l’expression en question. J’ai été obligé de prier ma femme de me la rappeler. Il est facile de comprendre que cet