Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/122

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confession, mais la fin me semblait justifier cette conversion, et cela d’autant plus que je ne possédais aucune conviction religieuse et que je n’étais rattaché au judaïsme que par des liens purement extérieurs. Mais malgré ma conversion, je n’ai jamais désavoué le judaïsme, et parmi mes relations peu de gens savent que je suis converti.

« De mon mariage sont nés deux fils, tous deux baptisés selon les rites chrétiens. Lorsque mes garçons eurent atteint un certain âge, je les mis au courant de leurs origines juives, afin que, subissant les influences antisémites de l’école, ils n’y trouvent pas une raison superflue et absurde de se retourner contre leur père.

« Il y a quelques années, je passais mes vacances avec mes garçons, qui fréquentaient alors l’école primaire, à D., dans une famille d’instituteurs. Un jour la femme de l’instituteur (ils étaient d’ailleurs l’un et l’autre amicalement disposés à notre égard), qui ne se doutait pas de nos origines juives, se livra à quelques invectives assez violentes contre les Juifs. J’aurais dû relever bravement le défi, pour donner à mes fils un exemple de «courage de mes opinions », mais je reculai devant les explications désagréables qui auraient certainement suivi mon aveu. Je fus encore retenu par la crainte d’avoir à quitter l’agréable séjour que nous avions trouvé et de gâter les vacances, déjà assez courtes, dont nous disposions, mes enfants et moi, au cas où nos hôtes, apprenant que nous sommes juifs, auraient adopté à notre égard une attitude inamicale.

« Craignant cependant que mes garçons, qui n’avaient pas les mêmes raisons de se retenir que moi, ne finissent par trahir naïvement et sincèrement la fatale vérité, s’ils continuaient à assister à la conversation, je pris la décision de les éloigner, en les envoyant dans le jardin.

« Allez dans le jardin, Juifs », dis-je; mais je me