Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/120

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s’il n’existe pas entre elles un intervalle où puissent rester des débris alimentaires). Mais la dentiste tardant à tenir sa promesse, sa sœur dit en plaisantant : « Elle soigne bien une collègue en ce moment ; quant à sa sœur, elle la fait toujours attendre. » Enfin la dentiste se décide à pratiquer l’examen promis, trouve en effet une petite cavité dans une des molaires et dit : « Je ne croyais pas que la dent fût si malade : je croyais seulement qu’il n’y avait pas de « comptant » (Kontant)... je veux dire de « contact » (Kontakt). » « Tu vois bien, répliqua sa sœur en riant, que c’est seulement par avarice que tu m’as fait attendre plus longtemps que tes malades payants ! »

(Je n’ai évidemment pas le droit de substituer mes idées à celles de cette dame, ni d’en tirer des conclusions, mais en entendant le récit de ce lapsus, j’ai pensé que ces deux jeunes femmes charmantes et intelligentes n’étaient pas mariées et connaissaient très peu de jeunes gens ; et je me suis demandé si elles n’auraient pas plus de contact avec des jeunes gens, si elles avaient plus de comptant). »

Voici un autre lapsus auquel on peut attribuer la signification d’un aveu involontaire. Je cite le cas d’après Th. Reik (l. c.).

« Une jeune fille allait être fiancée à un jeune homme qui ne lui était pas sympathique. Afin de rapprocher les jeunes gens, les parents conviennent d’un rendez-vous auquel assistent les fiancés éventuels. La jeune fille a assez de tact et de sang-froid pour ne pas montrer au prétendant, qui est très galant envers elle, les sentiments peu favorables qu’il lui inspire. Cependant, à sa mère qui lui demande comment elle a trouvé le jeune homme, elle ré-pond poliment : « il est tout à fait désagréable (liebenswidrig, au lieu de liebenswürdig – aimable). »

Non moins intéressant à cet égard est un autre lapsus que M. O. Rank décrit (Internat. Zeitschr. f. Psychoabal.) comme un « lapsus spirituel ».