Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/106

From Wikisource
Jump to navigation Jump to search
This page has been proofread.


La ressemblance entre un lapsus et un jeu de mots peut aller très loin, comme dans le cas communiqué par O. Rank, où la personne qui a commis le lapsus finit par en rire comme d’un véritable jeu de mots (Internat. Zeitschr. f. Psychoanal., I, 1913) :

« Un homme marié depuis peu et auquel sa femme, très soucieuse de conserver sa fraîcheur et ses apparences de jeune fille, refuse des rapports sexuels trop fréquents, me raconte l’histoire suivante qui l’avait beaucoup amusé, ainsi que sa femme : le lendemain d’une nuit au cours de laquelle il avait renoncé au régime de continence que lui imposait sa femme, il se rase dans la chambre à coucher commune et se sert, comme il l’avait déjà fait plus d’une fois, de la houppe déposée sur la table de nuit de sa femme, encore couchée. Celle-ci, très soucieuse de son teint, lui avait souvent défendu d’utiliser sa houppe ; elle lui dit donc, contrariée : « Tu me poudres de nouveau avec ta houppe ! » Voyant son mari éclater de rire, elle s’aperçoit qu’elle a commis un lapsus (elle voulait dire : tu te poudres de nouveau avec ma houppe) et se met à rire à son tour (dans le jargon viennois pudern — poudrer — signifie coïter ; quant à houppe, sa signification symbolique — pour phallus — n’est, dans ce cas, guère douteuse). »

L’affinité qui existe entre le lapsus et le jeu de mots se manifeste encore dans le fait que le lapsus n’est généralement pas autre chose qu’une abréviation :

i) Une jeune fille ayant terminé ses études secondaires se fait inscrire, pour suivre la mode, à la Faculté de Médecine. Au bout de quelques semestres, elle renonce à la médecine et se met à étudier la chimie. Quelques années après, elle parle de ce changement dans les termes suivants : « la dissection, en général, ne m’effrayait pas ; mais un jour où je dus arracher les ongles des doigts d’un cadavre, je fus dégoûtée de toute la chimie. »