Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/80

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de savoir si le mécanisme d’un tel trouble peut nous révéler, lui aussi, les lois présumées de la formation du langage.

Il serait injuste de dire que Meringer et Mayer n’ont pas discerné la possibilité de troubles de la parole, à la suite d’« influences psychiques complexes », par des éléments extérieurs au mot, à la proposition ou au discours qu’on a l’intention de prononcer. Ils ne pouvaient pas ne pas constater que la théorie qui attribue aux sons une valeur psychique inégale ne s’appliquait, rigoureusement parlant, qu’à l’explication de troubles tonaux, ainsi qu’aux anticipations et aux actions rétroactives. Mais là où les troubles subis par les mots ne se laissent pas réduire à des troubles tonaux (ce qui est, par exemple, le cas des substitutions et des contaminations de mots), ils ont, eux aussi, cherché sans parti-pris la cause du lapsus en dehors du discours voulu et ils ont illustré cette dernière situation à l’aide de très beaux exemples. Je cite le passage suivant :

(P. 62). « Ru. parle de procédés qu’il qualifie de « cochonneries » (Schweinereien). Mais il cherche à s’exprimer sous une forme atténuée et commence : « Dann sind aber Tatsachen zum Vorschwein gekommen ». Or, il voulait dire : « Dann sind aber Tatsachen zurn Vorschein gekommen » (« Des faits se sont alors révélés... »). Mayer et moi étions présents, et Ru. confirma qu’en prononçant cette dernière phrase il pensait aux « cochonneries ». La ressemblance existant entre « Vorschein » et « Schweinereien » explique suffisamment l’action de celui-ci sur celui-là, et la déformation qu’il lui a fait subir. »

(P. 73). « Comme dans les contaminations et, probablement, dans une mesure plus grande encore, les images verbales « flottantes » ou « nomades » jouent dans les substitutions un rôle important. Bien que situées au-dessous du seuil de la conscience, elles n’en sont pas moins assez proches pour pouvoir agir effi-