Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/67

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des rapports et des significations que présentent ces souvenirs-écrans. Par un exemple minutieusement analysé, j’y ai relevé une particularité des relations temporelles entre les souvenirs-écrans et le contenu qu’ils recouvrent. Dans le cas dont il s’agissait, le souvenir-écran appartenait à l’une des premières années de l’enfance, alors que celui qu’il représentait dans la mémoire, resté à peu près inconscient, se rattachait à une époque postérieure de la vie du sujet. J’ai désigné cette sorte de déplacement sous le nom de déplacement rétrograde. On observe peut-être encore plus souvent le cas opposé, où une impression indifférente d’une époque postérieure s’installe dans la mémoire à titre de « souvenir-écran », uniquement parce qu’il se rattache à un événement antérieur dont la reproduction directe est entravée par certaines résistances. Ce seraient les souvenirs-écrans anticipants ou ayant subi un déplacement en avant. L’essentiel qui intéresse la mémoire se trouve, au point de vue du temps, situé en arrière du souvenir-écran. Un troisième cas est encore possible, où le souvenir-écran se rattache à l’impression qu’il recouvre non seulement par son contenu, mais aussi parce qu’il lui est contigu dans le temps : ce serait le souvenir-écran contemporain ou simultané.

Quelle est la proportion de nos souvenirs entrant dans la catégorie des souvenirs-écrans? Quel rôle ces derniers jouent-ils dans les divers processus intellectuels de nature névrotique ? Autant de problèmes que je n’ai pu approfondir dans l’article cité plus haut et dont je n’entreprendrai pas non plus la discussion ici. Tout ce que je me propose de faire aujourd’hui, c’est de montrer la similitude qui existe entre l’oubli de noms accompagné de faux souvenirs et la formation de souvenirs-écrans.

À première vue, les différences entre ces deux phé-