Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/317

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suivante : faut-il refuser à la superstition toute base réelle? est-il bien certain que les phénomènes connus sous les noms d’avertissement, de rêve prophétique, d’expérience télépathique, de manifestation de forces suprasensibles, etc., ne soient que de simples produits de l’imagination, sans aucun rapport avec la réalité? Loin de moi l’idée de formuler un jugement aussi rigoureux et absolu sur des phénomènes dont l’existence a été attestée même par des hommes très éminents au point de vue intellectuel. Tout ce que nous pouvons en dire, c’est que leur étude n’est pas achevée et qu’ils ont besoin d’être soumis à de nouvelles recherches, plus approfondies. Et il est même permis d’espérer que les données que nous commençons à posséder sur les processus psychiques inconscients contribueront dans une grande mesure à élucider ces phénomènes, sans que nous soyons obligés d’imposer à nos conceptions actuelles de modifications trop radicales. Et lorsqu’on aura réussi à prouver la réalité d’autres phénomènes encore, ceux, par exemple, qui sont à la base du spiritisme, nous ferons subir à nos « lois » les modifications imposées par ces nouvelles expériences, sans bouleverser de fond en comble l’ordre des choses et les liens qui les rattachent les unes aux autres.

En restant dans les limites de ces considérations, je ne puis donner aux questions formulées plus haut qu’une réponse subjective, c’est-à-dire fondée sur mon expérience personnelle. Je suis obligé d’avouer que je fais partie de cette catégorie d’hommes indignes devant lesquels les esprits suspendent leur activité et auxquels le suprasensible échappe, de sorte que je ne me suis jamais trouvé capable d’éprouver quoi que ce soit qui pût faire naître en moi la croyance aux miracles. Comme tous les hommes, j’ai eu des pressentiments et éprouvé des malheurs, mais il n’y a jamais eu coïncidence entre les uns et les autres, c’est-à-dire que les pressentiments n’ont jamais été