Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/177

From Wikisource
Jump to navigation Jump to search
This page has not been proofread.


dans mon ménage. Je trouvais ma femme trop froide, et nous vivions côte à côte, sans tendresse, ce qui ne m’empêchait d’ailleurs pas de reconnaître ses excellentes qualités. Un jour, revenant d’une promenade, elle m’apporta un livre qu’elle avait acheté, parce qu’elle croyait qu’il m’intéresserait. Je la remerciai de son « attention » et lui promis de lire le livre, que je mis de côté. Mais il arriva que j’oubliai aussitôt l’endroit où je l’avais rangé. Des mois se passèrent pendant lesquels, me souvenant à plusieurs reprises du livre disparu, j’essayai de découvrir sa place, sans jamais y parvenir. Environ six mois plus tard, ma mère que j’aimais beaucoup tomba malade, et ma femme quitta aussitôt la maison pour aller la soigner. L’état de la malade s’aggravant, ce fut pour ma femme l’occasion de révéler ses meilleures qualités. Un jour, je rentre à la maison, enchanté de ma femme et plein de reconnaissance envers elle pour tout ce qu’elle avait fait. Je m’approchai de mon bureau, j’ouvris un tiroir sans aucune intention précise, mais avec une assurance toute somnambulique, et le premier objet qui me tomba sous les yeux fut le livre égaré, resté si longtemps introuvable. »

M. J. Stärcke (l.c.) rapporte un autre cas qui se rapproche de ce dernier par la remarquable assurance avec laquelle l’objet a été retrouvé, une fois que le motif de l’oubli a disparu.

« Une jeune fille a gâché, en le coupant, un morceau d’étoffe dont elle voulait faire un col. Elle est obligée de faire venir une couturière. pour tenter de réparer le mal. La couturière arrivée, la jeune fille ouvre le tiroir dans lequel elle a mis l’étoffe, mais ne peut la retrouver. Elle met tout sens dessus dessous, mais en vain. En colère contre elle-même, elle se demande comment son étoffe a pu disparaître si brusquement et si elle ne reste pas introuvable, parce qu’elle ne veut pas la retrouver; en effet, le calme revenu, elle finit par se rendre compte