Page:Freud - La Psychopathologie de la vie quotidienne, 1922, trad. Jankélévitch.djvu/113

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Dans ces cas intervient, à titre de facteur perturbateur, une critique que nous pouvons laisser de côté, parce qu’elle ne correspond pas à l’intention de celui qui parle, au moment même où il parle.

En revanche, la substitution d’un nom à un autre, l’appropriation d’un nom étranger, l’identification au moyen d’un lapsus signifient certainement l’usurpation d’un honneur dont, pour une raison ou une autre, on n’a pas conscience au moment où on s’en rend coupable. M. S. Ferenczi raconte un fait de ce genre remontant au temps où il était encore écolier :

« Alors que j’étais élève de la première classe (c’est-à-dire de la classe la plus élémentaire) du lycée, j’eus à réciter (pour la première fois dans ma vie) publiquement (c’est-à-dire devant toute la classe) une poésie. Je m’étais très bien préparé et fus tout étonné d’entendre mes camarades éclater de rire dès les premiers mots que je prononçai. Le professeur s’empressa de m’expliquer la cause de ce singulier accueil : j’avais énoncé très correctement le titre de la poésie « Aus der Ferne », mais au lieu de donner le nom exact de l’auteur, j’avais donné le mien. Or le nom de l’auteur était : Alexander (Sàndor) Petöfi. La similitude des prénoms (je m’appelle, moi aussi, Sàndor) a sans doute favorisé la confusion ; mais sa véritable cause résidait certainement dans le fait que je m’identifiais alors dans mes secrets désirs avec le héros célébré dans ce poème. Et, même consciemment, j’avais pour lui un amour et une estime qui confinaient à l’adoration. C’est naturellement ce malheureux complexe à base d’ambition qui est responsable de mon acte manqué. »

Un autre cas d’identification par appropriation du nom d’une autre personne m’a été raconté par un jeune médecin qui, timide et respectueux, se présente

    l’invitation antérieure, la confusion des noms et l’impossibilité de distinguer les jeunes gens l’un de l’autre constituent une accumulation de froissements. La déformation d’un nom a la même signification qu’un oubli ; elle constitue le premier pas vers celui-ci.